Les histoires de Jacques.(14)
ÓTICA THIESSEN
Oh, bien courte celle-là, et toute gentille :
De
l'importance évocatrice des objet... Rangeant de vieux étuis à
lunette, je trouvais dans l'un d'entre-eux une de ces suédines, un tissus
chamoisé de nettoyage, qui fit remonter des flots de souvenirs...
Un jour, mon directeur me dit :
"Dassié,
problème à notre délégation de Rio, soyez-y le plus
tôt possible et débrouillez-moi ça ! (ce n'est peut-être
pas le terme exactement employé, mais la signification en était
identique...). Prenez votre temps... mais demain matin, ce ne serait pas mal
!"
Un
peu surpris, mais très heureux (c'était mon premier voyage au
Brésil), je fonce régler les formalités (oui, pour les
passeport, vaccinations et visas majeurs, j'étais toujours paré
pour le monde entier) et le soir même, j'étais dans un 747 d'Air-France.
Et en first, s'il vous plaît, les délais courts ne permettant pas
toujours de trouver une place en classe affaire.
![]() |
A
moi, Rio de Janeiro : j'arrive ! © Jacques
DASSIÉ |
Le lendemain matin, lever de soleil vers Bahia… et peu après débarquement à Rio-Galeo. Echelle de coupée, ouverture des portes, le coup d'œil panoramique avant de commencer à descendre...
Copacabana, me voici… et je me patafiole, je rate la dernière marche !
En me penchant en avant pour me rattraper, mes lunettes à triple foyer (assez lourdes) suivent l'incitation de la gravité… Et en toute logique, mon pied se pose sur elles, m'évitant ainsi une chute ridicule devant la pleine coupée... Juste le petit bruit discret de verres qui s'émiettent et que j'étais seul à percevoir !
Oui, mais se retrouver à Rio, dans l'incapacité de lire le moindre document, avec au programmes des réunions et discussions avec différentes Administrations, je ne me voyais pas à mon aise. Décision : taxi (qui ne parle pas anglais, bien sûr !). Je simule au chauffeur une paire de bésicles sur mon nez et nous voila partis (vent du cul) vers le centre ville. Il se gare dans une rue adjacente à une grande avenue (rua de Buenos-Aires, je m'en souviens) devant une petite boutique : Ótica Thiessen !
Bon,
me dis-je, on va toujours voir ! Le spécialiste en blouse blanche souris
mais ne parle pas anglais. En lui sortant des bouts de verre de ma poche, il
comprend. Oui, mais il en manque un morceau, le milieu justement ! Je lui symbolise
sous le nez le fonctionnement des plateaux d'une Roberval et il a l'air de comprendre…
Il
va faire quelque chose de médian entre le haut et le bas !
Où ça se gâte, c'est quand il me montre sur un calendrier une date, une semaine plus tard… Je conteste et je lui montre quatre doigts qu'il finit par traduire par quatre jours… Ça se regâte et c'est sur le cadran de ma montre que je lui fait voir qu'il me les faut dans quatre HEURES…
Négation
formelle. J'ouvre mon portefeuille et lui fait voir un paquet de travelers-checks
tout neufs et sentant bon l'encre d'imprimerie fraîche… Un petit
quart d'heure après, nous nous quittions en nous serrant la main, avec
un rendez-vous ferme vers 14 heures ! Et
il a tenu parole en me faisant, à un prix très honnête,
une des meilleures paires de lunettes que j'ai jamais eu.
Deux ans plus tard : "Dassié, problème à…",
vous connaissez la suite…
Et le lendemain matin, à Rio, je redescend la passerelle… sans
manquer la dernière marche !
(Je vous ai eu, là !). Taxi, et je me fais conduire chez Thiessen...
J'étais tellement satisfait de ces lunettes que j'en voulais une seconde
paire, en secours. Le gars me reconnais, on se congratule, puis, c'est lui qui
me montre quatre doigts et me fait comprendre "Oui, quatre heures, je sais".
Et j'ai eu ma seconde paire…
C'était une toute petite histoire, innocente, mais parfaitement authentique !
![]() |
La
"suédine" de Thiessen... |