METRIQUE DES VOIES ANTIQUES
Ces bornes jalonnaient les grands axes de communication. Nous proposons un seul exemple consacré au milliaire d'Allichamps. dans le Cher. Pour faciliter en faciliter la visualisation et l'interprétation, il suffit de reporter sur un tableau comparatif les indications figurant dans le cartouche. Cette méthode simple permet d'extraire de nouvelles informations de données connues de longe date. Les bornes milliaires sont des monuments ayant survécus aux siècles. Parfois brisées, enterrées, perdues ou réutilisées en sarcophages ou en colonnes, leurs inscriptions intactes ou résiduelles sont toujours pleines d'enseignements. L'historien s'intéressera aux détails de la titulature, permettant souvent une datation précise de la borne et de sa mise en place sur la voie.
Nous préférons ici l'usages des chiffres, représentatifs des distances, et surtout inchangés depuis leur gravure. Certaine bornes portent des inscriptions de distance multiples, relatives à des destinations différentes. Ce sont les plus intéressantes, car elles permettront en plus, par triangulation, de savoir si leur support a été déplacé ou non, et si oui, en retrouver la position originale. Généralement situées au bord des principales voies gauloises, romaines ou gallo-romaines, elle permettent parfois de corroborer telles ou telles indications de Tables et Itinéraires.

La plage d'incertitude due aux arrondis encadre parfaitement la valeur mesurée Les indications permettent de faire une triangulation qui localise la position originale de cette borne au niveau du pont de Bruère-Allichamps. Ce tableau démontre que le module de distance figurant sur ce milliaire est bien la lieue gauloise .
C'est en cherchant à répondre à la question : "Une route nationale ayant avec le parcellaire voisin des relations impliquant son ancienneté, pourrait-on trouver un second critère permettant d'affirmer qu'elle recouvre une voie romaine ?", que M. Albert Clos-Arceduc, ingénieur en chef géographe de l'I.G.N. a abordé le problème par une toute autre méthode :
"La remarque, au cours d'une promenade, que quatre points du "Chemin de Saint Mathurin" marqués de façon caractéristique (buissons, croix, carrefours) étaient équidistants donna corps à l'idée d'utiliser de telles coïncidences"
Les vérifications expérimentales suivirent et M. Clos-Arceduc découvrit sur cartes la présence d'une métrique de 2222m, suivie, sur d'autres itinéraires par une nouvelle métrique, d'environ 2415 m, cette fois.
"L'hypothèse
d'un chemin antérieur à la conquête, comme du reste
les cités celtes qu'il relie, incorporé ou seulement raccordé
au réseau routier des conquérants, est très vraisemblable."
L'essentiel était dit !
Les bornes milliaires, par leurs dimensions, par leur visibilité, par leur facilité d'identification et leur survivance au fil des siècles, ont toujours joué le rôle d'un pôle d'attraction, d'accrétion, dont les manifestations perdurent dans la trame topographique et cartographique moderne. L'existence de la métrique d'une voie implique, tout au long du trajet supposé, la présence de repères caractéristiques (routes, chemins, calvaires, croisements, limites administratives ou religieuses, bois, etc.) survenant à des distances régulières, révélatrices d'un bornage antique. On déplacera au long de la voie des règles transparentes, graduées aux différentes échelles des cartes et des unités recherchées . Si elle a effectivement été bornée et si on a trouvé le bon module, soudainement apparaîtront un certain nombre de coïncidences successives. Dès que leur nombre dépasse trois ou quatre successives, les probabilités démontrent que le hasard ne peut plus jouer aucun rôle et que ce segment de voie présente bien les résurgences d'un bornage antique .
Cette méthode d'analyse sur carte se résume sous le nom de "Rémanence topographique".
Subdivision de la lieue
Au cours des recherches de rémanence topographique, on s'apercevra également que l'on retrouve des concordances très marquées au niveau de la demi-lieue. Comme si la demi lieue était l'unité de base. On pourrait a priori croire qu'il puisse s'agir de "tabellaries", petites bornes divisionnaires du mille ou de la lieue , plus petites que les milliaires et probablement plates. Mais au lieu d'en retrouver 7 ou 9 entre deux milliaires (en fonction de la taille du stade qu'elles seraient sensées représenter ), nous ne remarquons qu'une seule division équidistante entre 2 milliaires , soit en 1/2 lieues . Cela se rapprocherait plus du texte de Plutarque, citant C. Gracchus qui fit placer "à moindre distance les unes des autres, des deux côtés de la route, d'autres pierres destinées à aider les cavaliers à se mettre en selle sans l'aide d'un valet"
Nota Il convient de se souvenir que les documents de cheminement ne sont pas des cartes géographiques, que l'orientation relative de deux sites ne présente aucune signification.
Recherche des unités, validation des chiffres romains avec correction des erreurs de copistes, compléments épigraphiques, incidence des arrondis, rémanence topographique, retenons que, bien souvent, ce sera l'emploi de plusieurs techniques conjuguées qui permettra d'approcher et parfois de résoudre les problèmes de métrique et de localisation au long des voies antiques.
Dans les commentaires et tableaux ci-dessus, un terme revient fréquemment "distance curvimétrique". Et cette valeur sert de référence de distance. Est-elle exacte ? Pour nos études de distance et nos comparaisons, nous avons besoin de connaître la distance réelle entre deux points considérés. Différentes méthodes sont utilisables pour l'obtenir, mais quelles en sont les précisions et fournissent-elles des résultats homogènes et cohérents ?
L'arpentage
1° Dans la mesure où la voie antique est sous-jacente à un réseau de voies modernes, on pourra estimer que la longueur de la voie moderne est bien représentative de celle de l'antique. On pourra donc se fier au bornage kilométrique et hectométrique existant entre les points de départ et d'arrivée, qui ne seront pas forcément les centres villes.2° Un arpentage similaire peut être réalisé en voiture, grâce au compteur kilo/hectométrique, étalonné au préalable. Ce système présente l'avantage de fonctionner même sur les voies non bornées, telles que les chemins de culture. Sa précision sera hectométrique, ce qui peut suffire.
Relevés cartographiques
1° Pour les cartes comportant des indications de distances entre des repères définis (carte routières au 1/100000 et 1/200000), on pourra lire les distances, éventuellement faire la sommation de distances partielles pour évaluer la valeur entre deux points caractéristiques de la voie. Mais cette méthode présente des inconvénient : les distances partent automatiquement des centres villes et suivent rigoureusement le tracé de la route, même s'il est manifeste que la voie antique coupait directement telle grande courbe etc Dans beaucoup de villes, l'agglomération antique constituait un quartier excentré, voire un peu distant de la ville moderne.
Relevés curvimétriques 2° Pour
tenir compte de ces observation et que l'opérateur puisse interpréter
et corriger éventuellement les donnée, pour obtenir plus de précision
dans le tracé, il convient d'effectuer des relevés curvimétriques
sur des carte à plus grande échelle, 1/50000 et surtout 1/25000.
Appliquées sur des cartes à plus petite échelle, ces méthodes
fournissent des résultats entachés d'erreurs. Seule, peut-être
la 1/100000, pour des tracés particulièrement rectilignes, pourra
fournir des résultats utilisables après corrections, variables
selon la nature du terrain et de son relief. Dès que le tracé
sera un peu tourmenté, il conviendra d'appliquer une correction d'environ
+ 4,5 %. Mais cette correction ne peut être brutalement appliquée
sans discernement. Elle sera modulée en fonction du tracé de la
voie et de l'expérience de l'opérateur en ce domaine.
Les curvimètres. Ces instruments permettent,
en faisant suivre le tracé de la voie, sur carte, à une petite
roulette, de mesurer la distance terrain parcourue, pour une échelle
donnée. Deux types coexistent : les anciens, mécaniques et les
nouveaux, digitaux. Leur précision est bonne, variable en fonction de
l'échelle considérée et surtout, de l'entraînement
et de l'habileté de l'opérateur... Attention toutefois : certains appareils digitaux
continuent à totaliser, même si la roulette recule sous l'effet
d'un mouvement involontaire. Alors que dans le même cas, les appareils
mécaniques décomptent la distance de recul. Avantage à
la mécanique, bien plus petite et maniable ! C'est la méthode
la plus précise pour une détermination au bureau, sur cartes au
1/25000. Relevés Internet http://www.viamichelin.com/viamichelin/fra/dyn/controller/HomePage Ces dispositifs permettent
peut-être de dégrossir un problème, mais sûrement
pas de déterminer une distance avec la précision désirée
!